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Transparence salariale femmes-hommes : comprendre le mythe des femmes qui négocient moins, le coût social de la négociation, la directive (UE) 2023/970 et les leviers concrets pour réduire les écarts de rémunération.
Transparence salariale femmes-hommes : au-delà du mythe des femmes qui négocient moins

Transparence salariale femmes-hommes : au-delà du mythe des femmes qui négocient moins

Mythe des femmes qui négocient moins : ce que montrent vraiment les chiffres

Sur le papier, la transparence salariale femmes hommes semble une réponse évidente aux inégalités salariales. Dans la pratique, elle vient percuter de plein fouet un mythe tenace selon lequel les femmes demanderaient simplement moins de salaire que les hommes, alors que la réalité salariale est beaucoup plus structurelle et liée aux règles du travail. Pour comprendre ce que la future directive européenne sur la transparence salariale va réellement révéler, il faut d’abord regarder comment se construisent les écarts de rémunération dans les entreprises, au-delà des seules négociations individuelles et des comportements individuels de négociation.

Les études de l’économiste Linda Babcock, notamment Women Don’t Ask (Babcock & Laschever, Princeton University Press, 2003) et Ask for It (Babcock & Laschever, Bantam, 2007), montrent que, à compétence égale, les femmes négocient environ 30 % moins souvent que les hommes, mais que lorsqu’elles négocient leur salaire ou d’autres éléments de rémunération, le coût social perçu est deux à trois fois plus élevé pour elles. Autrement dit, l’égalité salariale ne se joue pas seulement sur le montant des salaires affichés, mais aussi sur la sanction implicite qui pèse sur les salariées lorsqu’elles contestent un écart de rémunération ou questionnent les grilles de salaires internes. Cette asymétrie sociale entre hommes et femmes transforme chaque entretien d’augmentation en test de conformité aux stéréotypes plutôt qu’en discussion rationnelle sur les niveaux de rémunération et l’égalité professionnelle, comme l’ont également montré plusieurs expériences de laboratoire menées dans les années 2000.

Pour un collaborateur ou une collaboratrice en poste depuis plusieurs années, la question n’est donc pas seulement de savoir s’il faut négocier davantage, mais comment le faire sans payer ce coût social caché. La transparence salariale femmes hommes, telle qu’annoncée par la directive (UE) 2023/970 du Parlement européen et du Conseil du 10 mai 2023 relative au renforcement de l’application du principe de l’égalité de rémunération entre hommes et femmes, promet de réduire les écarts de rémunération en imposant plus de clarté sur les critères de rémunération et les grilles de salaires. Cependant, sans réflexion sur les biais de genre dans l’évaluation professionnelle et dans la perception des demandes, cette transparence des salaires risque de laisser intacts certains écarts salariaux entre hommes femmes, voire de les déplacer vers d’autres composantes de la rémunération, comme les primes discrétionnaires ou les avantages en nature.

Dans de nombreuses entreprises, les écarts de rémunération ne viennent pas seulement d’un salaire de base plus faible pour les femmes, mais d’une accumulation de décisions individuelles au fil de la carrière. Une prime légèrement inférieure ici, une promotion retardée là, un temps partiel accepté pour une salariée mais valorisé différemment pour un salarié, et l’on obtient des écarts de rémunération femmes hommes qui se creusent discrètement. La transparence salariale femmes hommes va rendre ces écarts plus visibles, mais elle ne supprimera pas d’elle même les inégalités salariales si les critères d’évaluation professionnelle restent opaques ou biaisés, notamment dans la manière dont sont attribuées les augmentations annuelles et les bonus exceptionnels.

Le droit européen et le droit français ont déjà posé des jalons avec l’index d’égalité professionnelle, qui oblige les entreprises de plus de 50 salariés à publier des indicateurs sur l’égalité salariale. Selon les données du ministère du Travail pour 2023, plus de 80 % des entreprises concernées publient désormais leur score, et plus de 300 nouvelles entreprises respectent l’indicateur de parité dans les dix plus hautes rémunérations, ce qui signale un mouvement réel vers plus d’équité. Pourtant, ces progrès chiffrés coexistent encore avec un écart salarial moyen entre femmes et hommes qui reste significatif, ce qui prouve que la seule transparence salaires ne suffit pas à garantir une égalité femmes hommes réelle dans l’emploi et que les mécanismes de contrôle et de sanction doivent encore monter en puissance.

Pour vous, collaborateur ou collaboratrice, cela signifie que la bataille pour une rémunération juste ne se limite pas à obtenir un chiffre plus élevé sur votre fiche de paie. Elle consiste aussi à comprendre comment votre entreprise définit ses niveaux de rémunération, quels critères objectifs sont utilisés pour fixer les salaires, et comment la future directive européenne sur la transparence salariale va obliger les employeurs à justifier les écarts de rémunération. En maîtrisant ces éléments, vous pouvez transformer une négociation individuelle en revendication appuyée sur le droit, l’égalité salariale et l’équité professionnelle plutôt qu’en simple demande perçue comme personnelle, en vous inscrivant dans un cadre collectif de lutte contre les écarts de rémunération femmes hommes.

Les femmes négocient autrement : temps, flexibilité, formation plutôt que salaire direct

Lorsque l’on observe finement les pratiques de négociation, on constate que les femmes négocient souvent autant que les hommes, mais pas sur les mêmes leviers de rémunération. Là où certains hommes concentrent leurs demandes sur le salaire fixe, les primes et les niveaux de rémunération visibles, beaucoup de femmes privilégient la flexibilité du temps de travail, la possibilité de télétravail, la formation ou la sécurité de l’emploi. Ces choix paraissent rationnels à court terme, mais ils produisent des écarts de rémunération femmes hommes durables, car ces avantages sont rarement intégrés dans les grilles de salaires officielles et pèsent moins dans les calculs de carrière et de progression salariale.

Dans une entreprise typique, accepter un temps partiel ou une modulation du temps de travail peut sembler une bonne solution pour concilier vie professionnelle et vie personnelle, surtout lorsque la charge familiale pèse davantage sur les femmes. Pourtant, ces arbitrages se traduisent souvent par un écart de rémunération persistant, car les critères d’avancement, de prime ou de promotion restent centrés sur la présence, la disponibilité et parfois la visibilité, ce qui favorise mécaniquement certains profils masculins. La transparence salariale femmes hommes, si elle se limite à publier des salaires moyens sans intégrer ces dimensions, risque de masquer une partie des écarts de rémunération et des inégalités salariales structurelles, en particulier dans les métiers à forte amplitude horaire.

Les offres d’emploi illustrent déjà cette tension entre transparence et réalité, car certaines entreprises affichent désormais des fourchettes de salaire, mais restent floues sur les critères précis permettant d’atteindre le haut de la fourchette. Pour un ou une salariée, l’enjeu est alors de poser des questions concrètes sur les critères d’évolution, les niveaux de rémunération associés à chaque poste et la manière dont l’égalité salariale femmes hommes est suivie dans les faits. Vous pouvez par exemple demander comment sont construites les grilles de salaires, quels écarts de rémunération sont tolérés entre postes comparables et comment l’entreprise applique la directive européenne sur la transparence des salaires dans ses processus de recrutement et de mobilité interne.

Un cas concret illustre bien ces mécanismes : dans une société de services de 500 personnes, un audit interne a mis en évidence un écart moyen de 8 % entre les salaires de femmes et d’hommes chefs de projet, alors même que les fiches de poste étaient identiques. L’analyse a montré que les hommes négociaient plus souvent des primes de performance et des revalorisations rapides après une réussite commerciale, tandis que les femmes obtenaient davantage de jours de télétravail et de formation. Sans remise à plat des critères d’augmentation et sans transparence salariale femmes hommes sur ces éléments, l’écart de rémunération serait resté invisible et aurait continué à se creuser au fil des années.

Le rôle des représentants du personnel et du CSE devient central pour transformer cette transparence en véritable égalité professionnelle. En vous appuyant sur les informations partagées par ces instances, que vous pouvez approfondir via des ressources dédiées au rôle du CSE pour le travail et la rémunération, vous disposez d’arguments plus solides pour contester un écart salarial injustifié. Cette démarche collective permet de replacer la question de la rémunération femmes hommes dans un cadre de droit, plutôt que de laisser chaque salariée isolée face à son manager lors d’un entretien annuel, et facilite la mise en œuvre de plans d’action correctifs.

La directive européenne sur la transparence salariale impose aussi aux entreprises de justifier les écarts de rémunération supérieurs à un certain seuil entre salariés comparables, ce qui change la dynamique de négociation. Au lieu de devoir prouver que vous méritez davantage, vous pouvez demander à l’employeur de démontrer en quoi un écart de salaire entre hommes femmes repose sur des critères objectifs et non discriminatoires. Cette inversion de la charge de la preuve renforce votre position, à condition de connaître vos droits, de comprendre les mécanismes d’égalité femmes hommes et de savoir lire les indicateurs d’égalité salariale publiés par votre entreprise, notamment dans le rapport de situation comparée ou les bilans sociaux.

Le coût social asymétrique : quand négocier n’a pas le même prix pour tous

La grande différence entre les négociations menées par les femmes et celles menées par les hommes ne tient pas seulement aux montants demandés, mais au coût social attaché à ces demandes. Les recherches de Linda Babcock, notamment ses travaux empiriques sur la négociation salariale publiés dans les années 2000, montrent que lorsqu’une femme négocie son salaire, sa rémunération variable ou une revalorisation de ses niveaux de rémunération, elle est plus souvent perçue comme agressive ou ingrate, là où un homme sera qualifié de déterminé ou de leader. Cette asymétrie de perception crée un risque professionnel supplémentaire pour les femmes, qui pèse sur chaque demande d’augmentation et contribue indirectement aux écarts de rémunération femmes hommes, en décourageant certaines d’entre elles de revenir à la charge après un refus.

Dans un environnement où la transparence salariale femmes hommes reste limitée, cette sanction sociale est encore plus forte, car la négociation se déroule à l’aveugle, sans repères clairs sur les salaires des collègues. Une salariée qui ose contester un écart salarial peut être renvoyée à sa loyauté ou à sa supposée absence de sens collectif, alors même qu’elle ne fait que réclamer l’égalité salariale prévue par le droit. À l’inverse, un salarié qui pousse pour obtenir le haut de la fourchette de rémunération sera souvent valorisé pour son ambition, ce qui entretient des inégalités salariales entre hommes femmes au fil des promotions et des revues de performance.

La future directive européenne sur la transparence des salaires vient bousculer ce jeu implicite en imposant plus de clarté sur les grilles de salaires et les critères de rémunération. En rendant visibles les écarts de rémunération au sein d’une même catégorie professionnelle, elle réduit la marge de manœuvre discrétionnaire des managers et limite les écarts de rémunération injustifiés. Cependant, cette transparence ne supprimera pas automatiquement le coût social de la négociation pour les femmes, car les biais de perception peuvent continuer à jouer, même lorsque les chiffres sont sur la table et que les niveaux de rémunération sont connus, d’où l’importance de former les managers à l’égalité professionnelle.

Pour vous protéger de ces biais, il est utile de transformer chaque demande d’augmentation en argumentation structurée, appuyée sur des données et sur les critères officiels de l’entreprise. Des méthodes de marquage salarial et de préparation de la négociation, comme celles détaillées dans certains guides pratiques sur les stratégies de négociation gagnante, peuvent vous aider à cadrer la discussion autour de votre contribution mesurable plutôt que de votre personnalité. En vous appuyant sur les objectifs atteints, les responsabilités assumées et les comparaisons avec les niveaux de rémunération de postes équivalents, vous réduisez l’espace laissé aux jugements subjectifs qui alimentent les écarts de rémunération femmes hommes et vous sécurisez davantage votre trajectoire salariale.

Il faut aussi garder en tête que la transparence salaires peut avoir un effet paradoxal sur le pouvoir de négociation des salariés. Lorsque les fourchettes de salaire sont publiées, certains employeurs peuvent se retrancher derrière ces bornes pour refuser toute discussion, en expliquant que le salaire proposé est déjà aligné sur la grille salariale officielle. Pour un collaborateur ou une collaboratrice, l’enjeu devient alors de questionner non seulement le niveau de salaire proposé, mais aussi la manière dont l’entreprise vous positionne dans la fourchette, en lien avec vos compétences, votre ancienneté et l’égalité professionnelle entre femmes et hommes, et de vérifier si ce positionnement est cohérent avec celui de collègues occupant des fonctions comparables.

Transparence salariale : un début de solution, pas la fin des inégalités

La directive européenne sur la transparence salariale marque une étape importante, mais elle ne suffira pas à elle seule à effacer les inégalités salariales entre femmes et hommes. En imposant la transparence salariale femmes hommes, la publication d’informations sur les écarts de rémunération et l’obligation de justifier certains écarts salariaux, l’Union européenne crée un cadre plus protecteur pour les salariés. Toutefois, sans transformation des pratiques managériales, des critères d’évaluation professionnelle et des réflexes de négociation, les écarts de rémunération femmes hommes risquent de se déplacer plutôt que de disparaître, par exemple vers des avantages moins visibles ou des primes discrétionnaires.

Pour un salarié ou une salariée en quête d’augmentation, la clé est d’utiliser cette nouvelle transparence comme un levier stratégique plutôt que comme une fin en soi. Vous pouvez commencer par analyser les informations déjà disponibles sur l’égalité professionnelle dans votre entreprise, notamment l’index d’égalité salariale et les éventuels rapports sur les écarts de rémunération. Ensuite, il est utile de préparer votre argumentaire en reliant vos demandes à ces données, en montrant par exemple comment votre position actuelle dans les grilles de salaires s’écarte des niveaux de rémunération moyens pour des postes comparables et en identifiant les marges de progression prévues par les accords collectifs.

La transparence salaires doit aussi vous inciter à regarder au delà de votre seule fiche de paie, en intégrant les effets de long terme sur votre patrimoine et votre retraite. Une rémunération femmes hommes déséquilibrée peut se traduire par des droits à la retraite plus faibles, des capacités d’épargne réduites et une exposition plus forte à certains produits financiers coûteux, comme certaines assurances vie peu avantageuses pour votre salaire futur. En vous informant sur les impacts de ces choix, notamment via des analyses dédiées aux pires assurances vie pour votre patrimoine et votre salaire futur, vous pouvez mieux articuler vos revendications salariales avec vos objectifs financiers de long terme et votre stratégie de protection sociale.

Au fond, la transparence salariale femmes hommes ne résout pas le cœur du problème mis en lumière par les travaux de Linda Babcock, à savoir l’asymétrie structurelle des leviers et des sanctions entre femmes et hommes. Le problème n’est pas l’absence de négociation, mais le fait que les femmes paient plus cher socialement chaque tentative de réduire un écart de rémunération, tandis que les hommes sont souvent récompensés pour la même démarche. Tant que cette asymétrie ne sera pas explicitement prise en compte dans les politiques de ressources humaines, les écarts de rémunération femmes hommes continueront de se reconstituer, même sous un vernis de transparence européenne et de conformité réglementaire.

Votre marge de manœuvre individuelle existe pourtant, surtout si vous combinez trois approches complémentaires dans votre stratégie salariale. D’abord, utilisez la transparence salaires et les données d’égalité professionnelle pour objectiver votre situation et repérer les écarts salariaux injustifiés. Ensuite, préparez vos entretiens en vous appuyant sur des scripts et des méthodes structurées, afin de limiter l’impact des biais de perception et de ramener la discussion sur les faits, les critères et le droit à l’égalité salariale. Enfin, coordonnez vos démarches avec celles d’autres collègues et des représentants du personnel, afin de transformer une demande individuelle en action collective sur les écarts de rémunération femmes hommes.

Chiffres clés sur la transparence salariale femmes hommes

  • Dans l’Union européenne, l’écart de rémunération moyen entre femmes et hommes à poste comparable reste d’environ 13 %, ce qui signifie qu’une femme gagne en moyenne 87 euros quand un homme en gagne 100 pour un travail similaire selon les données de la Commission européenne (Eurostat, 2021, indicateur « gender pay gap » non ajusté).
  • En France, l’index d’égalité professionnelle a été publié par plus de 80 % des entreprises concernées, contre moins de 80 % quelques années auparavant, ce qui montre une progression mesurable de la transparence salaires et du suivi des inégalités salariales, même si certaines entreprises restent encore non conformes.
  • Plus de 300 entreprises supplémentaires respectent désormais l’indicateur de parité dans les dix plus hautes rémunérations, ce qui indique une légère réduction de l’écart salarial au sommet des grilles de salaires, même si les écarts de rémunération femmes hommes persistent dans les niveaux intermédiaires et les métiers moins visibles.
  • Les études de Linda Babcock montrent que les femmes négocient environ 30 % moins souvent que les hommes, mais que le coût social perçu de ces négociations est deux à trois fois plus élevé pour elles, ce qui contribue indirectement aux écarts de rémunération et aux inégalités salariales, en particulier dans les environnements très concurrentiels.
  • La directive européenne sur la transparence salariale (UE) 2023/970 impose aux entreprises de communiquer les fourchettes de salaire dans les offres d’emploi et de justifier les écarts de rémunération supérieurs à un certain seuil, ce qui renforce le droit des salariés à contester un écart salarial injustifié et ouvre la voie à des recours plus efficaces en cas de discrimination.
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